Le jour où j’ai découvert Patrick Modiano remonte à bien des années déjà, comme un souvenir un peu flou mais profondément ancré. Une jeunesse — c’est le titre du livre qui m’a ouvert les portes de son univers — et, depuis cette découverte, cet auteur a trouvé une place durable dans ma bibliothèque, sans jamais la quitter.

Je me revois en 1981. À cette époque, je lisais peu, me limitant surtout aux romans policiers et à une littérature que l’on pourrait qualifier de plus « facile ». Puis, sur les conseils d’une amie, j’ai commencé ce livre. Très vite, presque sans m’en apercevoir, je me suis laissé happer. L’innocence qui traverse la jeunesse, ce Paris que je connaissais déjà un tout petit peu puisque j’y vivais seulement depuis 1976, tout cela a agi comme un révélateur. Ce fut le point de départ d’un attachement profond. Je ne pensais pas alors qu’un écrivain, qu’une manière d’écrire, pouvait atteindre une telle intensité émotionnelle. C’était sans doute, sans que je le sache encore, ma véritable découverte de la littérature.

Je ne saurais dire pourquoi, mais bien avant cela, dans ma jeunesse d’avant 1976, je nourrissais le rêve de découvrir le monde — et plus encore, celui de vivre à Paris. La façon qu’a Patrick Modiano d’évoquer la ville, de la faire vibrer à travers ses rues, ses noms, ses silhouettes, correspondait exactement à ce que j’attendais sans en avoir conscience. Il donnait forme à mes aspirations d’adolescent en quête de lui-même, il incarnait ces rêves encore diffus que je portais en moi.

Peu à peu, je me suis plongé dans son œuvre, que je connaissais alors pas, et j’ai eu le sentiment de « rattraper le temps perdu ». La Place de l’Étoile, Les Boulevards de ceinture, Villa Triste… chacune de ces lectures fut une découverte, presque un choc, mais un choc lumineux, porteur d’une forme d’élan et d’espérance.

Depuis, chaque visite chez le libraire est teintée d’une attente particulière : apercevoir un nouveau livre de Patrick Modiano est une petite fête intime. Cela a quelque chose d’une habitude précieuse, presque d’une dépendance douce. A mes yeux, peu d’auteurs possèdent cette sensibilité d’écriture, cette délicatesse empreinte de bienveillance. Je mettrais sur le même pied d'égalité , sans aucun doutes Jean Echenoz. Lorsqu’on voit Patrick Modiano en entretien ou à la télévision, on perçoit chez lui une forme de réserve, une timidité touchante qui semble prolonger son œuvre.

Ainsi, cet écrivain — couronné par le prix Nobel de littérature — a profondément transformé mon regard sur les livres. Je lui dois cette découverte, et je ressens à son égard une véritable gratitude pour ce cadeau.

Si vous en avez l’occasion, lisez au moins les deux premières pages de La Place de l’Étoile. Elles frappent d’emblée : c’est direct, sans détour, presque brut, et pourtant d’une étonnante modernité.

Chaque livre de Patrick Modiano m’offre des émotions singulières, toujours différentes, toujours précieuses. Son style ne touche pas nécessairement tous les lecteurs, mais son talent, lui, ne fait aucun doute. Et pour ma part, ce style me parle profondément. Parmi les ouvrages qui m’ont le plus marqué, il y a bien sûr Une jeunesse, mais aussi La Place de l’Étoile, Encre sympathique, Dora Bruder, Villa Triste… autant de livres qui continuent de m’accompagner.

Pour les repères biographique de Patrick Modiano, d'autres le font mieux que moi.

Le jour où j'ai découvert Patrick Modiano


Le dernier livre de Patrick Modiano

Le jour où j'ai découvert Patrick Modiano

Le podcast de France Culture consacré à Patrick Modiano en 4 épisodes

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