Publié le 10 août 2026 — entièrement revu et enrichi le 20 septembre 2026
Voilà un bien joli film où Carmen Maura excelle d'insolence, de drôlerie et de tendresse.
Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, mène une vie paisible à Tanger, au nord du Maroc, une ville qu’elle connaît par cœur et qui fait partie d’elle. Elle y vit seule, entourée de ses habitudes et de ses souvenirs, savourant son quotidien avec simplicité.
Mais tout vacille lorsque sa fille Clara arrive de Madrid avec un projet bien arrêté : vendre l’appartement où Maria Angeles a toujours vécu. Face à cette décision, Maria Angeles ressent profondément l’importance de ce lieu, chargé de toute une vie. Déterminée à ne pas le perdre, elle se bat avec courage pour préserver son foyer et retrouver les objets qui racontent son histoire.
On voit avec quelle facilité Maria Angeles se promène dans les rues de Tanger, et notamment dans cette rue Málaga. Elle connaît tout le monde dans le quartier, elle est aimée de tous et semble elle-même aimer chacun de ceux qu’elle rencontre. L’empathie qu’elle dégage paraît profondément sincère.
La ville de Tanger n’est pas choisie par hasard. À la rencontre de la Méditerranée et de l’Atlantique, face à l’Espagne, la ville porte une histoire singulière, faite de brassages entre cultures marocaine et européennes. Son passé de zone internationale et l’empreinte espagnole toujours visible lui donnent une identité particulière. Dans Rue Málaga, Tanger n’est donc pas seulement le décor de l’histoire de María Ángeles : elle appartient à sa mémoire, comme son appartement et les objets qui l’entourent.
Elle ne veut rien perdre, mais sa fille est déterminée. Elle doit elle-même faire face aux difficultés économiques de la vie après un divorce et la vente de l’appartement semble être la seule solution.
Au fil de cette épreuve, et presque sans s’y attendre, Maria Angeles s’ouvre à nouveau au monde et redécouvre, avec une émotion intacte, l’amour et le désir. Cet amour entre seniors est filmé admirablement.
Mais le film raconte aussi autre chose : la liberté de vieillir comme on l’entend. Maria Angeles refuse que son âge décide à sa place de ce qu’elle peut encore désirer, aimer ou simplement choisir pour elle-même.
Tout comme Le Bleu du Caftan, le précédent film de Maryam Touzani, ce film a été tourné tout en finesse. Les sentiments sont d'une grande intensité sans avoir besoin d'être exprimés par les mots. Ils passent par les regards, les gestes et les silences.
Pour Maryam Touzani non plus, Tanger n’a rien d’un choix anodin : elle y est née et son histoire familiale y est profondément attachée. En février 2023, sa mère est décédée de manière totalement inattendue. La réalisatrice a expliqué que cette disparition avait été le déclencheur de Rue Málaga. Elle et sa mère étaient très proches et parlaient quotidiennement espagnol.
Le film prend alors une dimension encore plus intime : derrière María Ángeles et son attachement à Tanger, il y a aussi la mémoire personnelle de Maryam Touzani.
Ce film est un bijou de tendresse et de drôlerie. Il y a notamment cette scène à propos d’une coiffeuse qui provoque un véritable éclat de rire tant elle est inattendue. D’autres scènes, dont je ne révélerai pas la teneur pour ne pas dévoiler le plaisir de leur découverte, sont pleines de malice, avec quelques touches d’humour délicieusement irrévérencieuses.
Donc oui, j’ai aimé ce film et je le recommande
Une critique du film sur le site de MOVIE RAMA
Interview de Maryam Touzani
Copyright Photos ©Les Films du Nouveau Monde
L'affiche du film provient du site AD VITAM DISTRIBUTION
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