Soudain, le film de Ryūsuke HAMAGUCHI   : quelle humanité

Exercice difficile que de résumer Soudain, le film.

Le synopsis communiqué par le distributeur donne bien sûr une trame, mais il ne dit finalement que peu de choses de ce que le film nous fait vivre.

Marie-Lou dirige un établissement pour personnes âgées dans lequel elle tente d’instaurer une autre philosophie du soin, fondée davantage sur l’écoute, la dignité et le respect des résidents. Une volonté de changement qui se heurte aux habitudes et aux réticences d’une partie de son équipe.

Puis Mari entre dans sa vie.

Metteuse en scène japonaise, elle se bat contre un cancer incurable. De leur rencontre va naître une amitié profonde, presque immédiate, autour d’une idée qui pourrait sembler naïve : rendre possible l’impossible.

Mais Soudain ne raconte pas une seule histoire. Il en raconte plusieurs, qui se succèdent, se répondent et finissent par n’en former qu’une. Et au centre de toutes ces histoires, il y a Marie-Lou et Mari.

Soudain, le film de Ryūsuke HAMAGUCHI   : quelle humanité

Tout commence par leur rencontre. On sent immédiatement qu’il se passe quelque chose. Quelque chose d’unique, de difficile à expliquer, qui dépasse les mots.Une pièce de théâtre, puis un débat avec le public, les rapprochent encore. Un dialogue en japonais s’engage entre elles et, peu à peu, nous assistons à ce moment rare où deux êtres comprennent qu’ils viennent véritablement de se rencontrer.

Comme je le dis souvent : il y a les gens qui se rencontrent et les autres.

Marie-Lou et Mari, elles, se rencontrent.

Ce n’est pas une histoire d’amour. C’est peut-être mieux que cela : une amitié d’une profondeur rare. Et le film nous permet d’assister à sa naissance sans jamais nous donner le sentiment d’être des voyeurs.

Nous apprenons alors que Mari est atteinte d’un cancer incurable. La maladie peut reprendre le dessus à tout moment et ne lui laisser que quelques semaines ou quelques mois. Soudain, le temps n’a plus la même valeur. Chaque instant partagé prend une intensité particulière.

Soudain, le film de Ryūsuke HAMAGUCHI   : quelle humanité

Après la pièce de théâtre, les deux femmes marchent ensemble. Marie-Lou dit simplement à Mari :

« J’ai tant de questions à te poser. »

À partir de cet instant, elles vont devenir inséparables.

Et les histoires continuent.

Le film nous emmène de Paris à Kyoto, même si, curieusement, les deux villes ne sont jamais véritablement les vedettes du récit. Elles sont là comme des décors qui accompagnent les personnages sans jamais chercher à prendre leur place.Au fil du film, Mari nous permet aussi de mieux comprendre Marie-Lou. Derrière son énergie et sa volonté de transformer l’établissement qu’elle dirige apparaissent progressivement ses blessures, ses fragilités, peut-être même une forme de dépression.Elle veut changer les choses, mais changer les habitudes des autres n’est jamais simple. Le changement provoque des résistances dans le monde du travail ; sans doute davantage encore dans l’univers du soin, où chacun arrive avec son expérience, ses certitudes et ses convictions.

Face à elle, Mari semble apporter une autre manière de regarder le monde.

Il y a d’abord son sourire. Un sourire solaire, qui n’a rien de forcé ni de satisfait. Un sourire qui semble simplement venir de très loin en elle.

Il y a aussi sa façon d’être avec les autres, les séances d’hyper-relaxation réunissant animateurs et résidents de l’EHPAD, les réponses toujours bienveillantes aux questions qu’on lui pose, et même ces improbables fientes de pigeons sur les visages qui introduisent soudain une touche de drôlerie là où on ne l’attendait pas.

Soudain, le film de Ryūsuke HAMAGUCHI   : quelle humanité

Car malgré la maladie et la mort qui rôde, Soudain n’est pas un film triste. Il parle surtout de ce que la rencontre avec l'autre peut transformer en nous.

Le film dure 3 h 15.

Dit comme cela, la durée peut effrayer. Pourtant, au fil du visionnage, on comprend pourquoi il lui fallait ce temps. Cette histoire ne pouvait probablement pas être racontée en une heure et demie. Il faut laisser à Marie-Lou et Mari le temps de se découvrir, de s’apprivoiser, de parler, de rire, de se comprendre. Il faut aussi accepter de pénétrer dans une culture japonaise qui m’est étrangère et que j’ai découverte avec beaucoup de curiosité.

Je ne connaissais pas jusqu’ici ce metteur en scène et c’est le premier de ses films que je vois.

Je suis sorti de Soudain plein d’enthousiasme.

J’ai aimé ces deux femmes. J’ai aimé leur rencontre, leurs différences, leurs échanges et cette amitié qui, pour quelques instants au moins, semble faire oublier la maladie et le temps.

Trois heures et quinze minutes plus tard, je n’avais certainement pas le sentiment d’avoir perdu mon temps. J’aurais presque volontiers passé encore un peu de temps avec elles.

Copyright Photos du Film : Julien Panié/CINEFRANCE STUDIOS

Soudain le Film

Réalisateur Ryūsuke HAMAGUCHI
Scénario Ryūsuke HAMAGUCHI et Léa LE DIMNA
Librement inspiré de « Quand la vie prend un tournant inattendu »
Correspondances entre Makiko MIYANO et Maho ISONO – Éditions SHOBUNSHA
Actrices Marie-Lou , Virginie Efira  et Mari, Tao Okamoto

Double prix d’interprétation féminine Cannes 2026

Une interview de Virginie Efira sur le site de Trois Couleurs
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