La dernière séance , le film de Pan Nalin

Situé dans une campagne indienne reculée au début des années 2010, La Dernière Séance (Last Film Show), du réalisateur Pan Nalin, est avant tout une magnifique déclaration d'amour au cinéma. Un film sur cette étincelle qui jaillit un jour dans le regard d'un enfant et qui, parfois, ne s'éteint jamais.

Le jeune Samay accompagne son père au cinéma pour ce qui doit être, selon lui, « la dernière fois ». Mais cette projection va bouleverser son existence. Dès les premières images, le garçon tombe éperdument amoureux du septième art. Ce n'est plus un simple divertissement : c'est une révélation, une vocation, presque une nécessité.

Dès lors, plus rien ne compte. Il vole quelques pièces dans la modeste échoppe de thé familiale, sèche l'école et brave les interdits pour retrouver l'obscurité bienveillante de la salle de cinéma. Son obsession inquiète son père, homme profondément attaché aux traditions et à une vision pragmatique de la vie. Convaincu que le cinéma est un univers futile, voire immoral, il tente de détourner son fils de cette passion naissante, allant jusqu'à le punir physiquement.

Mais comment empêcher un enfant de suivre un rêve qui illumine chacun de ses pas ?

La dernière séance , le film de Pan Nalin

Le destin met alors sur sa route Fazal, le projectionniste du cinéma Galaxy. Entre eux naît un pacte aussi simple que bouleversant : Samay apporte les délicieux repas préparés avec amour par sa mère, et en échange, Fazal lui ouvre les portes de la cabine de projection. Très vite, le troc devient amitié, puis transmission. Derrière les bobines, les engrenages et le faisceau lumineux qui traverse la salle obscure, Samay découvre les secrets d'un monde qui le fascine.

La dernière séance , le film de Pan Nalin

Avec sa bande d'amis, il entreprend alors une aventure aussi folle que poétique : comprendre la lumière, fabriquer des images, inventer leur propre cinéma et parvenir, avec les moyens du bord, à réaliser une véritable projection en 35 mm. Leur imagination semble sans limite. Pourtant, sans qu'ils en aient conscience, une révolution technologique est déjà en marche. Le numérique s'apprête à remplacer définitivement la pellicule, condamnant un univers dont ils ignorent encore qu'il vit ses derniers instants.

La tentation est grande de rapprocher La Dernière Séance de Cinema Paradiso. La comparaison est inévitable tant les deux œuvres célèbrent la découverte du cinéma par un enfant et le lien privilégié qui l'unit à un projectionniste. Pourtant, elle s'arrête presque là. Là où Giuseppe Tornatore construit une fresque nostalgique autour de la mémoire et du passage du temps, Pan Nalin choisit un récit plus intime, profondément enraciné dans la culture indienne et dans l'émerveillement de l'enfance.

La dernière séance , le film de Pan Nalin

Le film adopte un rythme volontairement contemplatif. Certains y verront de la lenteur ; j'y ai vu le temps nécessaire pour laisser respirer les images, observer les gestes, écouter les silences et s'émerveiller de l'inépuisable créativité de Samay. Chaque plan semble baigné d'une lumière chaleureuse qui rappelle que le cinéma est, avant tout, une affaire de lumière.

Il y a notamment une scène que je n'oublierai pas : celle où les enfants improvisent une projection avec les moyens du bord. Peu de dialogues, beaucoup d'inventivité, une émotion immense. Cette séquence résume à elle seule ce que représente le cinéma : le désir irrépressible de raconter des histoires, quelles que soient les conditions.J'ai également été profondément touché par la représentation de l'Inde. C'est un pays auquel je suis particulièrement attaché, et Pan Nalin en filme les paysages, les traditions et les habitants avec une infinie tendresse, loin des clichés. Chaque image respire l'authenticité et l'amour de cette terre.

Une phrase du film en résume admirablement toute la philosophie :

« Les histoires deviennent lumière, la lumière devient film, et les films deviennent des rêves. »

La dernière séance , le film de Pan Nalin

Il est des films que l'on apprécie. D'autres que l'on admire. Et puis il y a ceux qui réveillent quelque chose de profondément personnel. La Dernière Séance appartient à cette dernière catégorie. Les quinze dernières minutes sont d'une beauté bouleversante. Elles m'ont profondément ému. Je l'avoue sans détour : une larme a coulé. Non pas de tristesse, mais de gratitude. Gratitude envers ce cinéma capable, encore aujourd'hui, de nous rappeler pourquoi nous aimons tant entrer dans une salle obscure.

La Dernière Séance est bien plus qu'un film sur le cinéma. C'est une déclaration d'amour à l'enfance, à l'imagination et à la magie de la pellicule.

Toutes les photographies illustrant cet article sont © Friday Entertainment.

Previous Post