Ma passion pour les jardins est née au fil de mes voyages, notamment en Australie et au Costa Rica. Deux pays où la nature n’est pas un mot vain que l’on utilise pour faire du « greenwashing », mais une réalité qui s’impose partout.
Cette passion s’est ensuite affinée avec ma dernière activité professionnelle : pendant huit ans, j’ai été paysagiste d’intérieur. Oui, oui, vous avez bien lu, ce métier existe !
Les premières années, j’ai beaucoup appris. J’étais en quelque sorte un apprenti. Puis, avec le temps, je suis devenu totalement autonome, jusqu’à être reconnu par mes clients pour ma créativité.
Pourquoi est-ce que j’aime autant les jardins ? Parce qu’un jardin, c’est à la fois très simple et terriblement difficile à réussir. Simple, parce que faire pousser une plante n’a finalement rien d’extraordinaire — là, c’est le paysagiste qui parle !
Mais créer un jardin, c’est une autre histoire. On ne dessine pas un jardin au pied levé. Il faut penser au terrain, à la lumière, au soleil, à la pluie, choisir les plantes et surtout imaginer comment elles vont vivre ensemble. Certaines sont tellement belles qu’elles sont, à elles seules, de véritables créations.
Mais savoir les associer, jouer avec leurs formes, leurs hauteurs, leurs couleurs, laisser apparaître une perspective et finalement offrir une vue à celui qui se promène… c’est un autre art.
Cette petite introduction me semblait nécessaire pour expliquer mon attachement aux jardins.
Des jardins, encore des jardins…
Les châteaux de la Loire regorgent de jardins somptueux. Je pense notamment au Festival international des jardins du Domaine de Chaumont-sur-Loire, un lieu que j’aime particulièrement. Mais patience : il fera prochainement l’objet d’un article sur Marron Rouge – Le Blog.
Une autre région possède elle aussi de merveilleux jardins : celle où j’habite aujourd’hui, la Côte d’Azur — ou « French Riviera », comme on aime souvent l’appeler.
Et pour commencer cette série d’articles, j’ai choisi la Villa et Jardins Ephrussi de Rothschild, à Saint-Jean-Cap-Ferrat. J’ai déjà visité ce lieu trois fois, accompagné d’une de mes sœurs ou d’amis. Trois visites à des périodes différentes, et finalement trois expériences différentes. C’est l’un des grands privilèges de la nature : elle ne se laisse jamais regarder tout à fait de la même façon selon les saisons. Et puis, lorsqu’on revient dans un jardin, on remarque toujours une plante, une perspective ou un petit détail qui nous avait échappé la fois précédente.
Mais avant d’entrer dans les jardins, quelques mots sur l’histoire de ce lieu.
Béatrice de Rothschild et son jardin
En 1905, Béatrice Ephrussi de Rothschild découvre au Cap-Ferrat un promontoire entouré par la Méditerranée. Elle en tombe amoureuse et décide d’y construire la demeure dont elle rêve.
Béatrice de Rothschild a alors derrière elle une vie qui ne lui a pas toujours fait de cadeaux. Mariée très jeune à Maurice Ephrussi, elle n’aura pas d’enfant et leur mariage, malheureux, s’achèvera après vingt et un ans. Elle se tourne alors vers ce qu’elle aime profondément : l’art, les belles choses et bientôt les jardins.
Le terrain du Cap-Ferrat n’a pourtant rien d’un jardin : il est rocheux, escarpé et balayé par le vent. Mais Béatrice de Rothschild s’obstine. Elle fait apporter de la terre, transforme le paysage et, pendant sept ans, façonne peu à peu le lieu qu’elle a imaginé.
Autour de la villa vont naître plusieurs univers, inspirés notamment de ses voyages et de ses goûts. Au fil du temps, certains jardins seront transformés ou créés, poursuivant ainsi l’histoire du domaine.
En 1934, un an avant sa mort, Béatrice de Rothschild lègue sa villa, ses sept hectares de jardins et près de 5 000 œuvres d’art à l’Académie des Beaux-Arts.
En parcourant les jardins, on ne peut qu’être admiratif de toute la poésie imaginée par Béatrice de Rothschild.
L’histoire plus détaillée de la Villa Ephrussi de Rothschild
Entrons enfin dans les jardins
La villa est assez imposante, sans être pour autant ostentatoire.
Son intérieur mérite que l’on s’y attarde, avec son mobilier, ses objets d’art, sa vaisselle et tout ce qui témoigne de l’univers de Béatrice de Rothschild. Pour ma part, je suis simplement moins sensible aux intérieurs de demeures historiques.
À l’intérieur de la villa, un film retrace l’histoire du lieu. Intéressant et didactique, il permet de mieux comprendre son histoire.
Vous trouverez quelques photographies dans cet article, mais un album beaucoup plus complet est également disponible sur Marron Rouge – Le Blog.
Et maintenant, place aux neuf jardins.
Neuf jardins, neuf atmosphères
Le jardin espagnol est certainement l’un de mes préférés. C’est un jardin intime, fait de bassins, de fontaines, d’arcades et de murs aux tons ocre. Difficile de le parcourir sans penser, par instants, aux jardins de l’Alhambra de Grenade.
Le jardin florentin, avec ses cyprès, son escalier en fer à cheval et sa statuaire néoclassique, nous transporte dans une tout autre atmosphère.
Le jardin lapidaire est plus mystérieux. Bas-reliefs, gargouilles et éléments architecturaux anciens apparaissent au milieu de la végétation.
Le jardin japonais, appelé Cho-Seki-Tei, est un lieu de calme et de méditation. Contrairement aux jardins historiques du domaine, celui-ci est beaucoup plus récent puisqu’il a été créé en 2003.
Le jardin exotique fait lui aussi partie de mes préférés. Anciennement appelé jardin mexicain, il rassemble cactus, aloès et plantes succulentes. La vue de toutes ces plantes exotiques me procure toujours autant de plaisir. Je les trouve tout simplement belles.
La roseraie, située à la pointe de la propriété, rassemble de nombreuses variétés de roses anciennes et modernes. La rose n’est pas ma fleur préférée, mais, depuis quelque temps, je commence à mieux regarder — et à apprécier — sa beauté.
Le jardin provençal nous ramène en Méditerranée : oliviers, pins, lavandes, romarin, cistes et toute cette végétation qui appartient si naturellement au paysage de la région.
Le jardin de Sèvres est le plus petit des neuf. Situé face au restaurant, il offre également une très belle ouverture sur la mer.
Et enfin, le jardin à la française, le jardin principal, imaginé comme le pont d’un navire, avec ses bassins, ses cascades et son temple de l’Amour.C’est généralement par lui que l’on termine la visite. Je dois avouer que je ne suis pas un grand amateur des jardins à la française. Mais ici, la présence des plantes exotiques lui donne une autre dimension. Et puis, en été, on peut même y déguster une glace, en petit pot ou en cornet… Il faut savoir profiter de tous les plaisirs d’un jardin !
Et toujours, la Méditerranée.
Pendant presque toute la visite, la mer n’est jamais très loin. Les jardins offrent des points de vue magnifiques sur les baies qui entourent le domaine.
Et là, on comprend encore mieux pourquoi Béatrice de Rothschild a choisi cet endroit.
Je me régale à chacune de mes visites. C’est un lieu romantique à souhait, mais aussi particulièrement didactique : de nombreuses petites pancartes jalonnent le parcours et permettent de découvrir les végétaux que l’on rencontre.
Mais au-delà de la créativité paysagère et de la beauté des jardins, il y a autre chose.
On vient aussi ici prendre un bain de bien-être.
Les senteurs changent, les fleurs aussi, selon la saison et le moment de la journée. Et surtout, il règne une tranquillité assez rare.
J’ai souvent croisé des visiteurs installés dans un recoin du jardin, simplement assis pour lire, écrire ou contempler.
Je les comprends.
Je n’en suis certainement pas à ma dernière visite.