Maspalomas : Le film

Avant même de parler du film, il faut s'arrêter quelques instants sur son décor. Car Maspalomas n'est pas un simple lieu de villégiature : c'est presque un personnage à part entière.

Aux îles Canaries, Maspalomas est depuis des décennies l'un des hauts lieux de la culture LGBTQ+ européenne. Sa plage naturiste, bordée par les célèbres dunes, attire toute l'année des visiteurs venus de partout, dans une atmosphère où la liberté semble aller de soi. À la tombée de la nuit, le centre commercial Yumbo change totalement de visage. Derrière son apparence anodine en journée, il devient un immense espace de rencontres et de divertissement, avec ses centaines de bars, clubs, restaurants, cabarets et commerces gay et gay-friendly. Un lieu unique au monde, où chacun peut vivre son identité sans avoir à se justifier. Du moins, c'est ce que l'on pourrait croire. Car le film va précisément démontrer que cette liberté affichée ne suffit pas toujours à effacer les blessures intimes.

Maspalomas : Le film

À 76 ans, Vicente mène à priori, une existence paisible à Maspalomas. Après avoir quitté sa femme et sa fille, il est venu s'y installer avec son compagnon vingt-cinq ans plus tôt. Désormais célibataire, il profite pleinement de cette vie sans contraintes, dans un environnement où son homosexualité semble enfin pouvoir s'exprimer librement.

Les premières minutes surprennent par leur regard presque voyeuriste sur cette quête de plaisirs tardifs. On craint un instant que le film ne s'enferme dans une succession de scènes provocatrices. Mais cette impression s'efface rapidement pour laisser place à un récit infiniment plus profond, plus délicat et plus émouvant.

Lorsqu'un AVC frappe Vicente, tout bascule. Sa fille décide de le faire rapatrier à Donostia, au Pays basque espagnol, près de Saint-Sébastien, où il est admis dans une maison de retraite. Commence alors un lent travail de rééducation, physique autant que psychologique.

Maspalomas : Le film

Au contact des autres résidents, et notamment de son compagnon de chambre, dont la bienveillance est remarquable, Vicente retrouve progressivement une part de son autonomie. Pourtant, un détail intrigue : il ne parle pas de sa vie passée. Comme si les années vécues à Maspalomas appartenaient à un autre homme.

C'est là que le film révèle toute sa subtilité. Au fil de sa convalescence, on comprend que Vicente n'avait peut-être jamais totalement assumé qui il était. Non pas aux yeux des autres, mais au plus profond de lui-même. Le paradis de Maspalomas lui avait offert un espace de liberté, sans pour autant effacer des décennies de silence, de culpabilité ou de renoncements.

Maspalomas : Le film

Les échanges avec sa fille, puis la confidence qu'il finit par faire à la directrice de l'établissement, deviennent les véritables sommets émotionnels du récit. L'AVC agit comme un révélateur brutal. En perdant momentanément son corps, Vicente semble enfin retrouver sa vérité intérieure.

L'interprétation de l'acteur principal est d'une justesse remarquable. Sans jamais chercher l'effet, il compose un personnage bouleversant, tout en retenue, dont chaque regard et chaque silence racontent davantage que de longs discours. Il porte le film avec une présence qui ne faiblit jamais.

Au fond, ce n'est pas seulement l'histoire d'un homme homosexuel. C'est celle d'un être humain qui découvre, à l'automne de sa vie, que la véritable liberté ne consiste pas uniquement à vivre là où tout est permis, mais à parvenir enfin à être pleinement soi.

J'ai beaucoup aimé ce film. Il possède cette qualité que l'on retrouve souvent dans le meilleur du cinéma espagnol : une façon singulière de mêler pudeur, humanité et émotion sans jamais sombrer dans le pathos. Une magie discrète, difficile à expliquer, mais qui laisse une empreinte durable longtemps après la dernière image.

L'affiche, les photos du film, la bande annonce proviennent du site Epicentre

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