Chic : Nile Rodgers et Bernard Edwards
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Le son de guitare de Nile Rodgers, je le reconnais très facilement dès les premières mesures.
Pourriez-vous dire la même chose d’un musicien que vous aimez ?
Tout le monde, ou presque, connaît la musique de Nile Rodgers sans forcément savoir que ce guitariste a cofondé Chic avec le bassiste Bernard Edwards — paix à son âme — et qu’il a écrit, composé, produit ou joué sur un nombre impressionnant de morceaux pour des artistes très différents.
Dans mes souvenirs musicaux les plus anciens, lorsque je pense à Nile Rodgers, je l’associe souvent à Johnny « Guitar » Watson. Ce musicien de soul et de funk possédait lui aussi un son de guitare unique, très différent de celui de Nile Rodgers. Sa guitare, plus proche du blues, était davantage portée vers le solo et l’expression individuelle. À cette époque, cette manière de mettre la guitare au premier plan évoquait davantage pour moi l’univers du rock que celui de la soul.
Pour comprendre ce que ma découverte de Chic a représenté pour moi, il faut que je vous raconte dans quelles circonstances j’ai entendu leur premier album.
En 1977, j’occupais un poste de comptable dans une petite société située près de la place Saint-Augustin, à Paris. Tout près de là se trouvait Point d’Orgue, un magasin de disques tenu par deux passionnées de musique, Caroline et Marie-Agnès. Je m’y rendais souvent pendant l’heure du déjeuner et, peu à peu, des liens d’amitié se sont créés entre nous. Tant et si bien que, lorsque je débarquais dans la boutique, elles me laissaient ouvrir les cartons contenant les nouveautés.
Nous avions instauré une sorte d’échange de bons procédés : elles me faisaient découvrir la musique classique, le rock et le jazz-rock, tandis que je partageais avec elles mon goût pour la soul et le funk, que je devais en grande partie à mes deux frères aînés. Elles connaissaient moins ce répertoire qui foisonnait à cette époque.
Mes goûts musicaux tournaient alors principalement autour de la soul et du disco, et je commençais tout juste à découvrir le jazz.
C’est dans ce lieu, devenu mythique pour moi, que j’allais découvrir les trois premiers albums de Chic. Tout a commencé le jour où le premier d’entre eux est sorti de l’un des cartons de nouveautés. Dès la première écoute, j’ai été surexcité : c’était exactement le son de guitare que j’attendais depuis des années sans pouvoir le décrire.
Ce premier album, intitulé tout simplement Chic, est pour moi une véritable pépite. J’y découvre pleinement ce son dans Everybody Dance, Dance, Dance, Dance et Strike Up the Band, où les interventions rythmiques de Nile Rodgers dialoguent constamment avec la basse de Bernard Edwards.
Je décrirais le son de guitare de Nile Rodgers comme clair, sec, nerveux et immédiatement dansant. Sa guitare fonctionne presque comme un instrument de percussion. Il ne cherche pas à remplir l’espace par de longues notes ou des solos démonstratifs. Il joue des accords très courts, précis, entrecoupés de silences, auxquels les cordes étouffées donnent ce claquement caractéristique. Chaque coup semble rebondir contre la basse et la batterie.
Chez Nile Rodgers, la guitare ne se contente pas d’accompagner le rythme : elle devient le rythme. Une guitare qui claque sans jamais agresser, un son tranchant mais d’une grande élégance, une pulsation légère qui semble faire danser la chanson de l’intérieur.
Et ce son m’accompagne depuis le premier album de Chic.
Les tubes du groupe se succèdent alors sur les pistes de danse : Le Freak, Good Times, I Want Your Love…
Mais leur histoire ne s’arrête pas aux versions originales. La qualité musicale des morceaux, la force de leurs lignes rythmiques et leur succès inspirent rapidement d’autres artistes, puis de nombreux DJ.
En 1979, la célèbre ligne de basse de Good Times, créée par Bernard Edwards, devient la trame musicale de Rapper's Delight de Sugarhill Gang. L’instrumentation n’est pas directement prélevée sur l’enregistrement de Chic : elle est rejouée en studio. Nile Rodgers et Bernard Edwards seront ensuite reconnus comme coauteurs de ce morceau devenu l’un des titres fondateurs du hip-hop.
Au fil du temps, les chansons de Chic font également l’objet de nombreuses réinterprétations. Dans cette version étendue de I Want Your Love interprétée par Sister Sledge, la basse et la guitare retrouvent une place particulièrement éclatante.
De son côté, Le Freak, dans le remix FPM’s Feel THE Rhythm, extrait de l’album japonais ReChic: Chic Remixes 2001, montre combien cette musique se prête aux transformations sans perdre son identité.
L’influence de Nile Rodgers et Bernard Edwards ne se limite pas aux morceaux de Chic. Ensemble, ils ont également façonné le son de plusieurs artistes :
Sister Sledge : He’s the Greatest Dancer, Lost in Music
Norma Jean Wright : Sorcerer
Sheila B. Devotion : Spacer
Diana Ross : Upside Down
En 1982, Nile Rodgers et Bernard Edwards produisent également la bande originale du film Soup for One, pour laquelle ils composent plusieurs morceaux, dont la chanson-titre interprétée par Chic et Why, chantée par Carly Simon.
Bien des années plus tard, le morceau Soup for One sera samplé par le groupe français Modjo dans Lady (Hear Me Tonight). À mes oreilles, il laisse déjà entrevoir certaines sonorités de la future French Touch, un univers musical dans lequel Nile Rodgers trouvera plus tard une nouvelle place aux côtés de Daft Punk.
Après cette première période de Chic, Nile Rodgers poursuit son chemin auprès d’artistes venus d’univers très différents :
David Bowie : Let’s Dance
Madonna : Like a Virgin
Étienne Daho : L’Étrangère
Daft Punk : Get Lucky
Cette liste, très loin d’être exhaustive, montre à quel point un son trop vite enfermé dans l’étiquette disco a ensuite traversé le rock, la pop et la musique électronique.
Depuis ma découverte du premier album de Chic, mes goûts musicaux ont beaucoup évolué. Je conserve pourtant une tendresse et un attachement indéfectibles pour cette musique, entre soul, funk et disco, et surtout pour ce son de guitare qui ne m’a jamais quitté.
Si je voulais parler de Chic sans rien oublier, un seul article ne suffirait pas et deviendrait probablement indigeste. En revanche, l’émotion que ce son unique provoque en moi m’appartient. Elle m’accompagne depuis près de cinquante ans, et c’est elle que je partage ici.
Pour aller plus loin
Le site officiel de Nile Rodgers
La chaîne YouTube officielle de Nile Rodgers
Les pochettes de disques sur l'Album
Chic et Nile Rodgers les pochettes de disque
Une biographie de Nile Rodgers
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