L'ouverture du film nous emmène directement sur un procès à travers une séquence très dynamique. Avant même que le titre du film n'apparaisse à l'écran, les toutes premières minutes montrent un groupe d'avocats en costume fonçant d'un pas pressé vers un tribunal, leurs manteaux claquant au vent.
Au même moment, l’accusé arrive sur les lieux, seul et sans avocat.
La caméra capte l’agressivité de la scène : tous les journalistes et photographes n’ont d’yeux que pour lui.
Cette scène donne immédiatement le ton de ce thriller judiciaire.
Inspiré d'une histoire vraie, Sham raconte celle de Seiichi Yabushita, instituteur respecté, accusé par Ritsuko Himuro, une mère de famille, d'avoir harcelé et humilié son fils. Elle affirme que l'enseignant tient des propos racistes envers le petit garçon au motif que son grand-père était américain, qualifiant son sang de « souillé ».
Puis viennent les images, troublantes à plusieurs titres, du récit de la mère. Le film nous confronte d'abord à son point de vue, avant de faire entendre celui du professeur. Deux récits commencent alors à s'opposer.
Médias, rumeurs, opinion publique : chacun impose son récit. Très vite, la machine s’emballe.
Yabushita est alors pris dans une spirale. Un journaliste de la presse à scandale publie un article reprenant les accusations et révèle son identité, sans véritablement chercher à démêler le vrai du faux.
La salle d'audience devient alors l'un des décors majeurs de ce film. C'est là que la mère, Ritsuko Himuro, livre son témoignage et raconte les sévices qu'a subis son fils. C'est aussi là que l'on fait connaissance avec l'avocat de l'accusé, dont l'engagement auprès de son client est assez étonnant. Il a accepté de défendre le professeur malgré la pression médiatique et les refus successifs de nombreux confrères. Il entretient avec son client une relation presque paternelle, et c'est assez touchant.
Le duo principal formé par Gô Ayano (le professeur) et Kō Shibasaki (la mère) est d’une grande justesse. Gô Ayano est impressionnant dans sa capacité à faire évoluer notre regard sur son personnage au fil du récit.
Takashi Miike, le réalisateur, explique avoir voulu traiter cette histoire de la manière la plus neutre possible. Un choix qui se retrouve dans sa mise en scène : les différents récits se confrontent sans que le réalisateur cherche à imposer au spectateur ce qu'il doit croire.
Le titre anglais, Sham, signifie littéralement « imposture », « supercherie » ou « faux-semblant ».
En voyant ce film, on ne peut s'empêcher de penser à la manière dont l'information circule aujourd'hui. Sa vitesse de propagation peut parfois prendre le pas sur sa vérification : chacun raconte alors sa vérité.
Pendant la projection de Sham, j'ai aussi pensé à L'Abandon. Dans des contextes différents, les deux films montrent comment une accusation qui se propage peut déclencher un engrenage qui finit par dépasser ceux qui y sont confrontés.
La fin du film est un peu décevante, sans pour autant amoindrir la qualité de l'œuvre. J'ai aimé ce film, j'ai aimé ses personnages et je me suis laissé entraîner par une mise en scène intelligente.
« La vérité n’est qu’une version parmi d’autres… »
© Copyright Jean Marc Attia Marron Rouge
Distribution et Crédits
Réalisateur
Takashi Miike
Acteurs
Gô Ayano — Seiichi Yabushita, l'instituteur
Kō Shibasaki — Ritsuko Himuro, la mère
Kazuya Kamenashi — Michihiko Narumi, le journaliste
Kaoru Kobayashi — Toshio Yugamidani, l'avocat
© Copyright Photos du film SHAM 2025 Film Partners